LE CODE INTERNATIONAL 2007

Expliqué à ceux qui en ont besoin

Loi 26 –déclarations retirées – restrictions d’attaque

Par la place qu’elle occupe dans l’ordre des Lois, un néophyte pourrait, de prime abord, la considérer comme suite logique de la Loi 25. Or, il suffit de lire attentivement la première phrase « Lorsqu’un joueur fautif retire une déclaration et choisit à ce tour une déclaration finale différente » pour se rendre compte qu’il s’agit d’une Loi d’ordre général qui aurait pu trouver aussi bien place après la Loi 39. Il est en effet habituel dans tout règlement de commencer par décrire les procédures correctes et ensuite les pénalités encourues en cas d’infraction.

Il ne s’agit cependant que d’un détail de peu d’importance mentionné seulement pour attirer l’attention sur le fait que les situations sont fort nombreuses où les joueurs sont amenés à  procéder  à des remplacements  de déclarations que la Loi définit légales ou illégales, assujetties à restrictions d’attaque ou non.
La raison est toute simple. Le remplacement d’une première déclaration par une autre de signification différente, véhicule forcement des informations illicites, (ne résultant pas du déroulement normal du jeu) pouvant d’une part fausser le résultat et causer d’autre part du préjudice au camp non fautif.

En soumettant le camp fautif  aux restrictions d’attaque de la Loi 26, le législateur se propose de remédier à ce genre de situations de la manière la plus équitable pour les deux camps. N’oublions pas que les erreurs devant toujours être imputées à l’étourderie et considérées comme exemptes de toute malice, il ne saurait être question d’accabler un joueur à cause de son erreur.

Par ailleurs, les dispositions de la Loi 26 ne constituent pas une panacée universelle aux effets miraculeux. On regrette parfois d’en avoir demandé l’application… mais toujours trop tard :  un choix, une fois fait, ne peut plus être changé quel qu’en ait été le résultat… à moins que l’on ne puisse encore recourir aux Lois 16 ou 23 !

Quoi qu’il en soit, le champ d’application de la Loi 26 étant des plus vastes, il est opportun de commencer par le mémoriser n’était-ce qu’en partie, retenir ensuite les Lois qu’y font référence et enfin s’exercer à la composition de tous les exemples qu’on désire pour en assimiler le mécanisme :
 

1°/- assujetties à restrictions  d’attaque (à l’entame ou en contre-attaque)

- changement de déclaration

- Loi 25

- changement de déclaration après une enchère insuffisante

– Loi 27

- passe hors tour

– Loi 30

- enchère hors tour

– Loi 31

- contre ou surcontre hors tour

– Loi 32

- contre ou surcontre inadmissible

– Loi 36

- violation de l’obligation de passer

– Loi 37

- enchère au-dessus du palier de 7

– Loi 38

- enchère, contre, surcontre fait par un joueur de la défense après le passe final

– Loi 39

 

2°/- non assujetties à restrictions  d’attaque

- déclarations retirées après une fausse information donnée par l’adversaire

- Loi 21

- changement de déclaration accepté par l’adversaire

- Loi 25

- déclarations hors tour entérinées par l’adversaire

- Loi 29

- déclarations hors tour ou inadmissibles entérinées par l’adversaire

- Loi 35

- les situations ayant entraîné la perte du droit de pénaliser

- Loi 11

 

Plusieurs de ces Lois, précisent que «les restrictions d’attaque de la Loi 26 peuvent  être appliquées». Il est opportun de préciser avec insistance que peuvent ne doit pas être interprété comme un droit accordé à l’arbitre de ne pas appliquer la Loi  comme par exemple, dans le cas d’une enchère au-dessus du palier de sept  (Loi 38_D).

 Ce droit appartient aux joueurs concernés et à eux seuls. Ils PEUVENT aussi bien demander que la Loi soit appliquée que REFUSER qu’elle le soit. Et l’arbitre ne peut qu’entériner leur désir. Il peut par contre DECIDER de lui-même si la situation relève de la Loi 11, c'est-à-dire lorsque le camp non fautif entreprend une action quelconque avant que l’arbitre n’ait rendu son arbitrage.  Dans les cas où l’infraction entraîne l’application de cette Loi, l’action de l’arbitre reste toujours subordonnée au choix du futur déclarant. Il importe donc qu’il sache anticiper sur la situation à laquelle il sera confronté.

  

Cas de figure 1 -  à la suite d’une enchère insuffisante ne spécifiant aucune couleur

 

  Sud 

Ouest

Nord

Est

1 ¨

passe

2 §

1 SA *

Arbitre !

 

 

 

 Après avoir été informé des options d’acceptation ou de refus, Sud opte pour le refus. Au tour d’Est de recevoir l’explication exhaustive de ce qu’il peut faire et des conséquences de son infraction. Il décide alors de passer et la séquence continue ainsi :  

 Sud 

Ouest

Nord

Est

1 ¨

passe

2 §

passe (en remplacement de 1SA*)

2 ©

passe

3 ©

Passe

4 ©

Passe

passe

Passe

 Le partenaire du joueur fautif est à l’entame. Aucune couleur n’ayant été spécifiée par le fautif au cours des enchères légales, le déclarant peut lui INTERDIRE d’attaquer dans une couleur de son choix (et une seule). L’interdiction persiste tant qu’il garde la main.  (Loi 26_&B : autres déclarations retirées).

 

 

 Cas de figure 2 –
 

  Sud 

Ouest

Nord

Est

1 ¨

passe

1 SA

1 ª*

 Arbitre ! Après les mêmes explications que dans le cas 1, les enchères continuent :

Sud 

Ouest

Nord

Est

1 ¨

passe

1 SA

passe (en remplacement de  1ª*)

3 §

passe

3 SA

Passe

passe

Passe

 

 

 

Est, le joueur fautif est à l’entame. Il peut entamer ce que bon lui semble. Mais le déclarant pourra interdire à Ouest, si celui-ci prend la main, d’attaquer à ª, si l’enchère a une signification naturelle, ou dans la couleur qu’elle est censée nommer conventionnellement. Ne pas oublier que l’interdiction persiste tant que le joueur garde la main.

 

Cas de figure 3 –

a-

  Sud 

Ouest

Nord

Est

2 ©  faible

2 ¨

Arbitre !

 

Après les mêmes explications que dans le cas 1, les enchères continuent :

  Sud 

Ouest

Nord

Est

2 ©  faible

3¨

3 SA

 

Pas de restriction d’attaque. L’enchère insuffisante a été corrigée par l’enchère suffisante la moins forte dans la même dénomination et intègre la même signification d’une longueur à¨, Est peut entamer ce que bon lui semble, carreau compris.

 

b-

  Sud 

Ouest

Nord

Est

2 ©  faible

2 ¨

Arbitre !

 

Après les mêmes explications que dans le cas 1, les enchères continuent :

Sud 

Ouest

Nord

Est

2 © faible

5 ¨

6 §

passe

Ici c'est différent. L'enchère insuffisante a été corrigée par  5 ¨ qui est une TOUTE AUTRE ENCHERE  et  doit de ce fait être traitée comme prescrit par le paragraphe B_2 de la Loi 27 : Est doit passer jusqu’à la fin des annonces et  Nord peut de plus lui interdire l’entame ¨.

Le fait que l’enchère insuffisante n’ait pas été remplacée par l’enchère la moins forte dans la même dénomination n’a d’importance que pour la Loi 27. Il pourrait ne pas y avoir restriction d’attaque dans une situation relevant de la Loi 26 où  la couleur ¨ aurait été spécifiée au cours des enchères légales (26_A1).

 

Cas de figure 4 –

 

  Sud 

Ouest

Nord

Est

1 ¨

1 ¨ *

Arbitre !

 

L’arbitre explique la Loi 27, et Ouest (qui a vraisemblablement mal compris) continue  :

Sud 

Ouest

Nord

Est

1 ¨

2 ¨ *

 

Arbitre !

 

L’arbitre est informé du fait que l’enchère de 2 ¨ est  un appel aux couleurs majeures comme indiqué d’ailleurs sur leur feuille de conventions.

Bien sûr, Ouest a répété les ¨ !  mais les deux enchères n’ont pas la même signification. La première indiquait des ¨, la deuxième indique un bicolore majeur.  Le notule est bien clair : Une déclaration répétée avec une signification très différente doit être assimilée à une déclaration différente. Par conséquent , en vertu des dispositions du &_B, le déclarant peut INTERDIRE à Est lorsqu’il sera à son premier tour de jouer, entame comprise, d’attaquer dans la couleur de son choix, cette interdiction persistant tant qu’il sera en main.
Attention : il s’agit d’INTERDIRE une couleur et non pas d’en IMPOSER une.

 

Cas de figure 5 –

 

Sud 

Ouest

Nord

Est

2 © faible

2 § * (tricolore)

Arbitre !

 

Ouest déclare, en aparté avec l’arbitre, de ne pas avoir vu (ou entendu) l’ouverture de 2 ©.  L’arbitre regarde la feuille de conventions des E/O et constate la véracité  des faits. L’ouverture de 2 § indique bien un tricolore de 12/15 PH. Après explications (le joueur est informé d’avoir à passer jusqu’à la fin des enchères), les enchères continuent :

Sud 

Ouest

Nord

Est

2 © faible

3 §*

3 ª

Passe

4 ª

-

 

 

 

Attention ! L’enchère de 3 §* n’est pas l’enchère la moins forte dans la même dénomination. Elle N’INTEGRE PAS en effet l’information contenue dans l’enchère insuffisante de 2 § *  qui  exprimait un tricolore  (Voir Loi 27 &B_2). La différence entre les deux enchères est bien évidente. La deuxième doit être assimilée à une déclaration différente (voir notule *).

 De ce fait, on applique à la situation les prescriptions de la Loi 27_&B2 pour soumettre Est à l’obligation de passer à tous ses tours de déclarer et aux restrictions d’attaque prévues par la Loi 26.

 L’arbitre peut aussi tenir compte de l’éventuel préjudice causé par les informations illicites véhiculées par l’enchère de 2 § et recourir, en fin de coup, aux dispositions de la Loi 23  pour procéder à sa réparation.

 

Ce dernier exemple pour démontrer qu’il n’y a pas de Loi pouvant évacuer tous les problèmes de manière exhaustive. Une restriction d’attaque semble être la mesure la plus adéquate pour éviter qu’ un quelconque préjudice ne soit causé au camp non fautif. Et pourtant la Loi peut se révéler parfois exagérée lorsqu’elle confine presque à l’injustice, et insuffisante lorsqu’elle prend plus l’allure d’une récompense que celle d’une pénalité.

Comment prouver en effet qu’il n’a pas été tenu compte des informations reçues  lorsque les défausses de l’adversaire se révèlent être des plus  intelligentes, les déblocages des plus savants et autres techniques plus pointues comme par exemple un squeeze du déclarant par le flanc ?

 

Je ne veux pas dire par là que l’arbitre peut s’arroger le droit de modifier la Loi  et  de procéder à l’attribution de marques ajustées selon son bon plaisir. Encore faudrait-il qu’il soit d’un niveau technique lui permettant de déceler des manœuvres aussi sophistiquées. Personne ne lui interdit par contre, en cas de doute bien établi, de quantifier, aussi discrètement que possible, la fréquence des enchères insuffisantes ou encore les entames hors tour face visible dont le même joueur serait responsable tout au long d’une épreuve.

 Il finira par constater que ses doutes étaient injustifiés. Peu, très peu, d’infractions sont empreintes de malice. Il est difficile d’y remédier sans courir le risque d’une décision intempestive qui pourrait par la suite s’avérer excessive et infondée.

 

L’intime conviction à laquelle prétendent pouvoir recourir certains arbitres, assez rares en vérité, ne peut qu’engendrer des situations où les propos venimeux s’échangent à profusion.  Pour les éviter, et seulement si aucune possibilité n’existe de constater la véracité d’une infraction, il vaut mieux procéder à l’attribution d’une marque ajustée équitable pour les deux camps ou de différer sa propre décision pour se donner le temps de demander conseil à un autre arbitre plus expérimenté (ou encore, à une commission d’arbitrage).

 

Pour clore ce commentaire, je tiens à souligner que les dispositions de la Loi 26 ne s’appliquent qu’au partenaire du joueur fautif. Il en résulte par conséquent deux situations :

1°/ - le joueur fautif est à l’entame : le déclarant ne peut lui interdire quoi que ce soit. Tout au plus il peut lui imposer un choix conformément aux dispositions de la Loi 50_&D1 lorsqu’il détient plusieurs cartes pénalisées

2°/ - le partenaire du joueur fautif est à son premier tour d’attaquer (entame ou contre-attaque) : ici c’est bien différent. Le déclarant dispose d’options inhérentes au nombre de couleurs spécifies par le joueur fautif explicitement ou par inférence. Si, par exemple, la déclaration retirée est une enchère conventionnelle indiquant un bicolore mineur 5/5,  le déclarant peut soit demander soit interdire l’attaque dans l’une ou l’autre de ces couleurs.

  

  Un dernier exemple – couleur spécifiée par inférence

 

Ouest

Nord

Est

Sud

ª

82

N

O E

S

 

ª

R5

3 SA*

-

4 §

? *

©

R8

©

654

Passe*

Arbitre !

 

 

¨

54

¨

10976

 

 

 

 

§

ARD10987

§

10654

 

 

 

 

 

 ? * = réfléchit sur sa déclaration

 Passe * = passe hors tour

 Après explications, les enchères continuent ainsi

 

Ouest

Nord

Est

Sud

ª

82

N

O E

S

 

ª

R5

3 SA*

-

4 §

? *

©

R8

©

654

Passe*

4 ©

 passe

passe 

¨

54

¨

10976

 passe

 

 

 

§

ARD10987

§

10654

 

 

 

 

 

Le fait de passer sur le Contre de Sud, implique par inférence que l’ouverture a été faite avec une longue à § (Ouest n’aurait pas manqué autrement de rectifier à ¨). 

 En application de la Loi 26_&A2_a et b, Nord peut

-   interdire l’entame § et l’interdiction persiste tant qu’Est conserve la main

-   demander l’entame §, auquel cas si Est venait à conserver la main il pourra, au tour suivant, attaquer ce que bon lui semble.

Attention donc à ne pas confondre les deux actions.