LE CODE INTERNATIONAL 2007
Expliqué à ceux qui en ont besoin

 Loi 51 –deux cartes pénalisées ou plus

 

Au &A, on peut lire : si à son tour de jouer, un joueur de la défense  a deux cartes pénalisées ou plus qui peuvent être légalement jouées, le déclarant désigne celle qui doit être jouée à  ce tour».

On commence par interpréter par « à son tour de jouer ». Si on s’en tient aux différentes expressions utilisées dans le Code pour décrire les situations où les uns attaquent et les autres jouent, les prescriptions du &A  laissent supposer que le joueur détenant les cartes pénalisées n’est pas à l’attaque.

Pour éviter cependant d’être dans l’erreur supposons que «à son tour de jouer» inclut également la position où le joueur est à l’attaque, entame comprise.

Voyons par conséquent les deux situations

 

A/- Le joueur qui détient les cartes pénalisées n’est pas à l’attaque

 

Les cartes pénalisées doivent rester face visible sur la table et, pour éviter toute ambiguïté, ne pas avoisiner les cartes déjà jouées dans la levée en cours. L’obligation de jouer une carte pénalisée ne vient qu’après celle précisée par la Loi 44_&C : « l’obligation de fournir a priorité sur toutes les autres exigences de ces Lois ».

Une carte pénalisée cesse de  l’être dès qu’elle est légalement reprise ou jouée.

Le déclarant peut désigner la carte que le joueur doit jouer (l’obligation de fournir ayant toujours la priorité)  Par exemple, Est détient comme cartes pénalisées le Roi de § et le 6 de ¨.

1/- le déclarant  attaque du mort  le 8 de ¨, Est doit fournir le 6 de ¨. (Loi 44_C). Le Roi de § reste pénalisée.

 2/- le déclarant attaque du mort l’As de ©. Si Est détient dans son jeu des cartes à ©,  il fournit celle qu’il veut. Le Roi de § et le 6 de ¨ restent cartes pénalisées

3/- le déclarant attaque du mort  l’As de © et Est  ne détient pas de cartes à ©. Le déclarant  peut exiger la défausse du Roi de § mais le 6 de ¨ reste carte pénalisée (ou choisir  le 6 de ¨ et  le Roi de § reste carte pénalisée).

 

B/- Le joueur qui détient les cartes pénalisées est à l’attaque

 

En vertu des dispositions de la Loi 50_&D1(a), le déclarant peut désigner celle que le joueur fautif doit attaquer. L’autre carte reste carte pénalisée. (Voir Loi 49)..

 

C/- deux cartes de même couleur

 

Que ce soit au tour d’attaquer du joueur fautif ou de son partenaire, ils doivent tous deux attendre que le déclarant ait exprimé son intention

-         d’exiger qu’il soit attaqué dans la couleur des cartes pénalisées (&B1(a))

Les cartes ne sont plus pénalisées. Le joueur fautif le remet dans son jeu et joue dans cette levée n’importe quelle carte légale.

-         d’interdire qu’il soit attaqué dans la couleur des cartes pénalisées (&B1(b))

Les cartes ne sont plus pénalisées. Le joueur fautif le remet dans son jeu et joue dans cette levée n’importe quelle carte légale. Mais l’interdiction persiste tant que le joueur qui a attaqué conserve la main.

C’est clair et pas difficile d’application.

Mais, qu’est-ce qu’on fait des informations non autorisées que les cartes dépénalisées et retirées ont véhiculées aux uns et aux autres ? Dépénalisées ne veut point dire que le camp fautif peut exploiter ces informations.

Pour s’en informer on retourne  à la Loi 16 – informations autorisées et non autorisées :

 « D. Information provenant de déclarations ou de jeux retirés

 Quand une déclaration ou un jeu a été retiré comme prévu dans ces lois (

-         pour un camp non fautif, toute information provenant d'une action retirée est autorisée, que ce soit son action ou celle de l'adversaire.

-         pour un camp fautif, l'information provenant de toute action retirée n'est pas autorisée, qu'elle soit de sa propre action ou de l'action du camp non fautif. Un joueur d'un camp fautif n'est pas autorisé, parmi les différentes possibilités logiques d'action, d'en choisir une plutôt qu'une autre qui aurait pu, manifestement, avoir été suggérée par l'information non autorisée. »

 

Ce qu’on peut reprocher au Code, est que le manque de clarté de quelques Lois  oblige à un tas de vas et vient d’une Loi à l’autre, en avant et en arrière. Il suffirait de remplacer les références à d’autres Lois par quelques courtes répétitions pour faciliter la tâche d’un arbitre, surtout lorsque sa formation n’a pas excédé 27 heures ou encore quatre jours. Mais là, c’est un autre sujet.

 

Exemple 1/-

 

ª

ADV6

 

Nord

Est

Sud

Ouest

©

RV3

1 §

-

1 ª

-

¨

DV

3 ª

-

4 ª

-

§

A763

-

-

 

 

ª

432


              N
          O      E
              S

ª

75

 

 

 

 

©

987

©

AD102

 

 

 

 

¨

A32

¨

9765


Au moment où il pose son entame face cachée sur la table, Ouest laisse tomber le Roi de
§ et le 4 de ª.

Arbitre !

§

RV109

§

542

 

ª

R1098

 

©

654

¨

R1084

§

D8

Après explications de l’arbitre, Sud demande l’entame du Roi de §.

Ouest après avoir réintégré dans son jeu la carte d’entame que personne n’a vu, entame du Roi de § mais le 4 de ª  reste sur la table en tant que carte pénalisée (voir Lois 49 et 50).

Après avoir capturé le Roi de §, Sud procède à l’affranchissement des ¨.  Dès qu’il sera en main avec l’As ¨, Ouest devra jouer le 4 de ª

 

Exemple 2/- la même donne mais cartes pénalisées différentes 

 

ª

ADV6

 

Nord

Est

Sud

Ouest

©

RV3

1 §

-

1 ª

-

¨

DV

3 ª

-

4 ª

-

§

A763

-

-

 

 

ª

432


              N
          O      E
              S

ª

75

 

 

 

 

©

987

©

AD102

 

 

 

 

¨

A32

¨

7654

Après le passe final, Est laisse tomber accidentellement :

-         l’As et le 2 de ©

-         le 5 et le 4 de¨.

Arbitre !

§

RV109

§

542

 

ª

R1098

 

©

654

¨

R1098

§

D8

Après explications de l’arbitre, Sud interdit l’entame ¨.

Est réintègre de ce fait le 5 et le 4 de ¨ dans son jeu.

L’As et le 2 de ©  restent cartes pénalisées, face visible, conformément au &A de la Loi 50.  

Le déclarant ayant interdit la couleur¨, Ouest entame du 9 de©. Il le peut.

Le mort fournit le 3 et Sud exige d’Est qu’il joue l’As.

Est en main doit jouer le 2 de© (la carte pénalisée qui lui reste) en vertu des dispositions de la . Loi 50_&D1(a) : « une carte pénalisée principale doit être jouée à la première occasion légale ».

  

D/- trois ou quatre cartes de couleurs différentes  

La situation n’est pas rare. Il peut arriver qu’à cause d’une précipitation excessive, un joueur expose accidentellement trois, si ce n’est quatre cartes de couleurs différentes. Alors :

 -         Si le tour d’attaquer est au joueur fautif, il devra attendre que le déclarant ait fait son choix et ensuite on se retrouve dans la situation décrite au &A.

 -         Si le tour d’attaquer est au partenaire du joueur fautif, le déclarant peut

 a)      exiger qu’il attaque dans une des couleurs pénalisées. Les cartes de la couleur  choisie  sont dépénalisées mais les autres restent cartes pénalisées.

 b)      lui interdire d’attaquer une ou plusieurs  de ces couleurs. Le joueur fautif reprend  alors toutes les cartes pénalisées dans chaque couleur interdite  et joue n’importe quelle carte légale à cette levée. Les cartes de la couleur  interdite sont dépénalisées  mais les autres restent cartes pénalisées. L’interdiction persiste tant que le joueur garde la main.  

 

Arrivés à ce point on pourrait penser que la traduction de la Loi 51 ne prête pas à redire.

Hélas, si elle ne va pas aussi loin que la Loi 50, il n’en reste pas moins qu’elle s’en approche.

 

Law 51_&B2 - Texte anglais

Loi 51_&B2 - Traduction remarquable !


B. Offender’s Partner to Lead

  

1. (a) When a defender has two or more penalty cards in one suit, and declarer requires* the defender’s partner to lead that suit, the cards of that suit are no longer penalty cards and are picked up; the defender may make any legal play to the trick.

 

 

   (b) When a defender has two or more penalty cards in one suit, and declarer prohibits* the defender’s partner from leading that suit, the defender picks up every penalty card in that suit and may make any legal play to the trick.



The prohibition continues until the player loses the lead.

 


B. Au tour du partenaire du joueur fautif d'attaquer

 

1. Quand un joueur de la défense a deux cartes pénalisées, ou plus, dans une même couleur, le déclarant peut (

a) exiger** que le partenaire du joueur fautif attaque cette couleur ; les cartes de cette couleur ne sont plus pénalisées ; le joueur fautif les reprend et joue n'importe quelle carte légale à cette levée.

 

b) interdire** au partenaire l'attaque de cette couleur; les cartes de cette couleur ne sont plus pénalisées ;

le joueur fautif les reprend et joue n'importe quelle carte légale à cette levée.

 

L'interdiction persiste tant que le joueur fautif conserve la main.

 

 

2. (a) When a defender has penalty cards in more than one suit (see Law 50D2(a)) and his partner is to lead, declarer may require* the defender’s partner to lead any suit in which the defender has a penalty card (but B1(a) preceding then applies).      

   (b) When a defender has penalty cards in more than one suit and his partner is to lead, declarer may prohibit* the defender’s partner from leading one or more of such suits; the defender then picks up every penalty card in every suit prohibited by declarer and makes any legal play to the trick.

 

 

The prohibition continues until the player loses the lead.

 

 

2. Quand un joueur de la défense a des cartes pénalisées dans plusieurs couleurs (voir Loi 50D2(a)) et que c'est au tour de son partenaire de jouer, le déclarant peut (

a) exiger** que le partenaire du joueur fautif attaque dans une des couleurs pénalisées (mais B.1.a ci-dessus s'applique).

b) interdire** au partenaire du joueur fautif d'attaquer une ou plusieurs de ces couleurs. Le joueur fautif reprend alors toutes les cartes pénalisées dans chaque couleur interdite et joue n'importe quelle carte légale à cette levée.

 
L'interdiction persiste tant que le joueur fautif conserve la main.

 

 

En lisant attentivement, on remarque quelques incohérences dans la traduction française.

Au paragraphe B1(a et b), le verbe to lead anglais est traduit par attaquer, qui est la bonne traduction.

Au paragraphe B2 par contre, le traducteur change de registre. Attaquer est devenu Jouer. Ce qui ne correspond  ni à la version anglaise ni à la situation du joueur.  On peut jouer en deuxième, troisième ou quatrième position, mais en première, en général, on attaque de … on entame de… on contre-attaque de…  car le le terme attaque permet au lecteur (arbitre ou non peu importe)  de savoir immédiatement ce dont il s’agit.

 

Par ailleurs, on ne voit pas l’utilité de traduire to lead  une fois par attaquer et l’autre par jouer.  Un traducteur peut se permettre de modifier la forme de la version d’origine en procédant par des ellipses plus déformantes qu’efficientes, donc inutiles, mais à la condition de ne pas en dénaturer le sens.

 

Le bouquet n’est cependant pas là. Il est dans la traduction de

 « The prohibition continues until the player loses the lead”

par

« L'interdiction persiste tant que le joueur fautif conserve la main ».

 

Que vient faire le joueur fautif dans une situation qui ne le concerne pas ? Comment fait-il (le joueur fautif) à conserver la main alors que le tour d'attaquer est à son partenaire ?  Mystère et bulles de gomme. On le saura peut-être dans dix ans  à moins qu’on ne rectifie avant.