LE CODE INTERNATIONAL 2007
Expliqué à ceux qui en ont besoin
Signification des verbes
En attendant, commençons notre voyage dans le labyrinthe du nouveau Code en faisant bien attention à la structure grammaticale : un mode au singulier peut inclure le pluriel aussi bien que le mode masculin peut inclure le féminin et vice versa. Le Code 2007, reprenant les verbes déjà utilisés dans les versions précédentes il n’est pas superflu d’en expliquer à nouveau la signification :
1°/ - peut faire quelque chose, n’exprime qu’une possibilité. Il n’y a pas d’obligation à faire quoi que ce soit. Ne pas le faire ne constitue donc pas une infraction.
2°/ - l’indicatif présent du verbe être indique un état, une situation qui doit se vérifier pour qu’il y ait conformité avec la Loi. Prenons quelques exemples :
a/- Loi 1 : « ... les cartes de chaque couleur .... sont : ARDV1098765432.» Si cette suite s’avère être défectueuse (cela arrive même avec des cartes neuves), le résultat obtenu doit être annulé pour non conformité du jeu de cartes. La non conformité d’un jeu de cartes n’est pas forcement constatée à la première position, même lors de la transcription des diagrammes. Le cas peut se produire, et c’est déjà produit en match par quatre, où il y avait un 2 de pique en double alors que le 4 était manquant. La Loi 13 n’a donc rien à voir avec cette conformité. Elle ne concerne que le cas où une main détiendrait un «..nombre incorrect de cartes »..
b/- Loi 7 : «un étui prêt à être joué, reste placé au centre de la table jusqu'à ce que le jeu soit terminé». Or, il arrive assez souvent qu’il est mis de côté dès les annonces terminées.
3°/- l’indicatif présent d’autres verbes, détermine une action telle qu’elle survient, ou telle qu’elle doit être accomplie, pour qu’il n’y ait pas infraction. Dans certains cas, l’arbitre peut sanctionner, dans d’autres à lui de décider en vertu de ses pouvoirs discrétionnaires.
c/- Loi 8 : «... l’arbitre donne aux joueurs les instructions sur le transfert correct des étuis et sur le déplacement des concurrents ». Cela veut dire que les joueurs ne devraient pas se déplacer tant que l’arbitre n’en a pas donné l’ordre. Or, que voyons nous au cours de certains tournois de régularité, si ce n’est certaines épreuves fédérales ou encore de Festivals très importants ? Dès qu’ils ont terminé de jouer leur tour, certains joueurs agissent comme si l’arbitre n’était là que pour copie conforme. Ils transfèrent les étuis sans en attendre l’ordre, ils quittent leur table pour aller au bar, pour aller griller une cigarette à l’extérieur et prennent tout leur temps pour réintégrer leur place. Bien que cela soit strictement interdit, avez-vous déjà vu un arbitre, quel que soit son niveau, osant distribuer des cartons jaunes ou rouges…. surtout lorsque les contrevenants sont censés être de haut niveau ? Passons, les raisons sont multiples qui poussent un arbitre à ce genre de laxisme. Encore heureux si de temps à autre on en rencontre un qui osera un rappel à l’ordre aussi souvent que nécessaire.
d/- Loi 41_D « ...après l’exposition de l’entame, le mort étale sa main devant lui sur la table en disposant les cartes face visible, les couleurs ordonnées selon leur rang, la plus petite carte du côté du déclarant et .en colonnes, la longueur dirigée vers le déclarant... ». La Loi n’établit que la procédure correcte conseillée à tous les joueurs mais ne suggère pas qu’un joueur soit sanctionné pour avoir adopté une disposition différente. Les bridgeurs d’un certain âge se souviennent encore de la manière dont la regrettée Rixie Markus étalait sa main. Aucun de ses partenaires, et ce n’était pas des manchots, s’est permis de changer la disposition qu’elle avait adoptée et encore moins ses adversaires n’ont appelé l’arbitre. Dans certains pays d'Extrême Orient, le procédé est exactement le même, encore aujourd’hui.
A mon avis, une telle infraction ne peut ouvrir droit à réparation pour la simple question que si infraction il y a, elle est commise au début du jeu. Les adversaires peuvent la constater dès la première levée. Bien entendu la Loi 9 ne les oblige pas à la relever, mais la loi 11_A est claire « le droit de rectifier une irrégularité peut être perdu si un membre du camp non fautif prend une initiative quelconque avant d’appeler l’arbitre». Et comme il y a 13 levées... les initiatives prises après exposition de la carte d’entame se montent également à 13 ! Les cartes ont été mal disposées certes, l’adversaire ne dit rien et à la fin du coup il prétend avoir été gêné. Il a voulu surtout jouer sur deux tableaux. C’est un peu comme les joueurs qui prétendent avoir mal joué à cause des jeux de cartes utilisés : « tu comprends, c’est une aberration de nous faire jouer avec des cartes américaines ».
4°/- Avec le verbe devoir l’on aborde un autre domaine :
- DOIT exprime toute sorte de contraintes et d’obligations. Par conséquent, Doit faire quelque chose établit une obligation absolue. Ne pas la faire est considéré comme une infraction grave qui sera toujours, et sans exception, pénalisée. Exemple :
a/- Loi 7-B1 après avoir compté «ses cartes face cachée » chaque joueur DOIT examiner la face de ses cartes avant de déclarer. Faire une déclaration sans avoir auparavant regardé ses cartes est donc une infraction grave qui sera sévèrement sanctionnée.
- DEVRA faire quelque chose (ou le futur d’autres verbes) exprime par contre une injonction juste en dessous de DOIT. Ne pas s’y conformer constitue une infraction grave qui sera plus souvent sanctionnée que non, mais qui peut, le cas échéant, bénéficier de circonstances atténuantes.
b/- la loi 10_C_1 : « … l’arbitre devra expliquer toutes les options possibles
c/- la loi 85_B "…l'arbitre prendra une décision permettant au jeu de continuer".
Un simple rappel à l’arbitre. S’il a des droits, il a également des devoirs. Les obligations n’existent pas seulement pour les joueurs. Bien sûr, l’arbitre n’est pas à leur niveau, mais il n’est pas non plus au-dessus. S’il prend une décision contraire aux dispositions de la Loi, il est fort possible qu’elle sera toujours infirmée par la Commission d’appel. Personne ne lui interdit alors de prendre une décision provisoire.
- DEVRAIT faire quelque chose signifie que ne pas la faire est une infraction qui compromettra les droits d’un joueur mais qui sera rarement sanctionnée. On peut considérer que le verbe exprime une obligation conditionnelle ou encore d’autres valeurs pouvant être soit un conseil soit une simple suggestion. Exemple1 : Loi 16/&B2 et B3 " .... il devrait appeler l'arbitre tout de suite." (cas d’une hésitation, d’une intonation particulière, d’une variation de tempo et autres) :
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ª |
- |
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Est |
Sud |
Ouest |
Nord |
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© |
D872 |
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1¨ |
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¨ |
AV873 |
2 ª |
!!! |
4 ª |
5 § * |
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§ |
AV103 |
? |
- |
5 ª |
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ª |
AD4 |
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ª |
RV9875 |
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6 ¨*** |
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© |
RV109 |
© |
A53 |
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¨ |
D9 |
¨ |
- |
* = à cet instant, EST devrait appeler l'arbitre ou encore réserver ses droits de l'appeler ultérieurement. Par contre, si N/S, les adversaires, contestent ce droit, ils devraient appeler l'arbitre immédiatement. |
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§ |
R976 |
§ |
D54 |
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|
ª |
10632 |
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||||||
|
© |
64 |
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|
¨ |
R10652 |
||||||||
|
§ |
82 |
||||||||
*** - EST appelle l'arbitre conformément à la réserve exprimée.
Exemple 2 : la Loi 46 &A : ...le
déclarant devrait énoncer clairement, et à la fois, la couleur et le rang
de la carte désirée. S’il ne le fait pas, il sera soumis à des
restrictions mais jamais à une pénalité de procédure.
5°/- A la forme négative par contre et quelque
soit le temps, tous les
verbes, modaux ou non, expriment une contrainte :
- ne doit pas, exprime une obligation absolue
- ne peut pas nie la permission, donc exprime
l’interdiction
- ne devra pas (faire qq. chose) exprime une
injonction moins forte que ne peut pas.
Bien entendu pour nous Français, tous ces verbes se rejoignent dans leur signification, la difficulté résidant dans les nuances des verbes modaux de l’anglais que les verbes devoir et pouvoir du français ne peuvent pas restituer complètement, à moins de transformer la phrase en utilisant des quasi - modaux et des adverbes.
Il est important que tout arbitre en assimile la portée et la vraie signification. Sans pour autant se transformer en tonton flingueur dans des situations exigeant quelque indulgence. Pour me faire bien comprendre, je prends une situation que l’on rencontre assez souvent :
a/- la loi 9_B_1 : « aucun joueur ne devra prendre une initiative quelconque avant que l’arbitre n’ait expliqué toutes les options inhérentes à la rectification».
Ouest donneur Nord
Est Sud
? 1 ª
Arbitre
Tandis que Nord donneur réfléchit , Est ouvre
hors tour de 1
ª.
Sud appelle l’arbitre qui commence par lui demander s’il accepte
l’ouverture hors tour. Sud exprime son refus et attend les autres
explications.
Avant qu’il n’ait eu le temps de tout expliquer, l’arbitre est devancé par Ouest qui Passe. Si on prend la Loi 9_B_2 à la lettre, Ouest est en infraction. Il a agit avant que l’arbitre n’ait eu le temps d’expliquer toutes les options possibles. Doit-on lui infliger une pénalité de procédure ? Doit-on lui faire un procès d’intention ? La question reste posée. Pour moi la réponse est toute trouvée : c’est non. Tout au plus une remontrance avant de continuer les explications. Je veillerai cependant à la suite des annonces pour m’assurer qu’un passe aussi rapide n’ait transmis une information dont le partenaire aurait tenu compte.
Pour conclure : pour arriver à une bonne décision, il est indispensable de savoir lire les Lois comme elles doivent l'être, appliquer les dispositions qu'elles comportent et éviter des interprétations personnelles. Il n'appartient pas à l'arbitre de décider de la mansuétude ou de la sévérité d'une Loi. Bien que la lecture attentive de l’introduction permettre de se faire une idée presque exacte sur les nouveautés du Code 2007, il n’est pas superflu de se livrer à un examen plus approfondi sur leur importance.