INTRODUCTION

 

Je ne me propose pas de développer dans les pages qui suivent  une quelconque méthode d'enchères ou d'exposer in extenso des techniques de jeu particulières. Je ne fais qu'exposer, parfois succinctement, la manière de traiter quelques unes des situations couramment rencontrées à une table de bridge. Cet ensemble n'est donc qu'un aperçu élémentaire des connaissances simples ou évoluées que tout bridgeur devrait posséder pour obtenir des bons résultats. C'est à dire :

 -          - savoir évaluer les possibilités d'une main

-          - savoir procéder à la juste application des enchères, conventions et techniques du jeu de la carte

-          - avoir quelques connaissances sur les calculs et probabilités, sans toutefois aborder le calcul infinitésimal, bien qu'elles ne soient pas vraiment indispensables

 Par conséquent je laisse aux sophistes tourmentés le privilège d'enfoncer les portes ouvertes. J'en ai eu comme partenaires et ils m'ont fait toujours regretter de ne pas avoir eu en face de moi mon ALTER EGO bien que cela n'aurait probablement pas changé grand-chose.

 La plus grande preuve de médiocrité, dixit B. Shaw, réside dans l'impossibilité où se placent les médiocres de ne pas admettre la supériorité des autres. Au Bridge, c'est monnaie courante. A peine obtenu un classement flatteur grâce à la moisson des PE distribués dans les tournois de club,  voilà certains bridgeurs, malheureusement trop nombreux et  trop empoisonnants, se transformer en experts (malheureux, entre nous soit dit) et en professeurs avertis. Le Bridge, ils disent, a évolué. Les champions d'antan n'ont pas la valeur des champions d'aujourd'hui sans se rendre compte qu'ils expriment par là une opinion très présomptueuse et le dépit d'être presque toujours relégués aux dernières places dans les épreuves d'une certaine importance où l'expérience a plus d'efficacité  que le parader d'un geai paré des plumes du paon.

Persuadés de posséder la science infuse et le talent inné de   l'exégèse infaillible, ne donnant qu'une image tristounette de leur savoir, ils se conduisent à une table de bridge, et en  dehors, comme un tout jeune conducteur qui, à peine obtenu son permis de conduire, conduit sa "3 Cx" toute neuve comme s'il était au volant d'une FERRARI.

 A nos débuts, mes amis et moi étions admiratifs en regardant jouer des joueurs de Formule 1 et notre seul but était de tirer profit de leurs leçons. Peu à peu nous avons tous intégré la  Formule 3 et certains se sont même fait admettre en Formule 1.  De plus, nous avons fait des progrès tout en nouant des liens d'amitié que le temps n'a pas rompus. La correction était de mise et le Bridge était considéré plus comme un sport de l'esprit que comme un jeu. Les rares reproches faits au partenaire étaient du genre  "si tu n'avais pas fait la java hier soir au lieu d'aller te coucher, tu aurais été moins cloche aujourd'hui " ou encore par quelques propos ironique qui n'avaient rien de méchant.

 Aujourd'hui, c'est vrai, le Bridge a bien changé. On retrouve dans une bonne partie des joueurs le comportement d'un chiffonnier dans une foire d'empoigne. La mode est aux insultes enrobées de mots orduriers.

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N'éprouvant plus,  à cause de ce manque de sportivité qui fait hérisser le peu de cheveux qui me restent, aucun attrait pour la compétition t, je joue très rarement et  quand cela arrive j'en éprouve du plaisir si mon partenaire me considère comme un partenaire à part entière. Par contre une étrange sensation me saisit de ne pas avoir misé sur le bon cheval lorsque mon partenaire pense plus à étaler ses talents qu'à jouer un bridge simple et sain.

 

1.      Il recherche les "coups" et nous collectionnons les zéros. Il prend l'allure d'un grand champion et la galerie s'amuse  Il se transforme en professeur et n'accepte aucune réplique. Le champion c'est lui, le professeur c'est encore lui. Et pourtant, la seule impression qu'il donne est d'avoir appris sa méthode d'enchères chez le gourou du coin et le jeu de la carte chez la cartomancienne de la rue d'à côté. On se retrouve vite plongé dans des méandres dantesques où même un cochon  très averti n'arrive pas à retrouver ses petits. En résumé, notre expert n'est qu'un maître pédant dont la maestria n'a pas encore dépassé les confins de sa prétention, joue  "son" bridge" et  "sa" méthode. Peu importe que le partenaire pédale dans le yaourt. Il n'est que le sparring-partner occasionnel indispensable à la formation d'une paire, il ne compte que pour des prunes. Notre   professeur n'a rien d'un universitaire.

2.     Faire preuve de  modestie en toute occasion, pour la simple raison que dans la vie il vaut mieux passer soi-même pour  un ignare que de considérer les autres comme tels.

3.     Par une longue expérience je sais

4.     qu'il faut considérer son partenaire meilleur que soi, même si inexact. C'est la meilleure manière de maintenir l'entente cordiale qui doit unir deux joueurs briguant des bons résultats. Au cours et à la fin de mon exposé, j'essaierai de brosser des  portraits assez savoureux d'experts malheureux qui stagnent depuis fort longtemps dans les rangs des secondes séries d'un classement qui n'a rien de probant.

5.     qu'il ne faut pas se gargariser de quelque rare coup fumant réussi mais penser aux mauvais qui sont les plus nombreux.  Il serait  d'ailleurs difficile de le faire en présence du partenaire qui pourrait faire observer  que, malgré tous les coups fumants réussis, le Tournoi a été remporté par l'un des champions victime de ce fameux coup, avec la moyenne de 70.71% alors que l'auteur des coups fumants a été relégué à la 199è place sur 200

6.     que pour apprendre à jouer correctement, il est opportun d'être animé de la même volonté dont on fait preuve dans l'exercice d'autres fonctions

7.     que le Bridge est un jeu mais aussi un sport de l'esprit qui exige, que l'on soit médecin, polytechnicien, professeur agrégé ou simple, beaucoup de logique et de réfléxion

8.     qu'il faut  être présent à la table à tout instant.. Etre présent  signifiant  "être conscient du fait que l'on est en train de jouer  au Bridge et pas aux quilles.

9.     qu'il faut être  concis et précis. Les  erreurs d'interprétation  sont excusable mais les erreurs d'application dénotent une ignorance totale du sujet

10.que pour apprendre à jouer  il ne suffit  de jouer tous les jours au Bridge dans des réunions mondaine avec n'importe qui et n'importe comment,  L'ambiance est certes moins tendue qu'à une table de bridge car  on y peut rire, plaisanter, s'amuser, croquer des biscuits  ou prendre le thé mais en aucun cas on peut affirmer de jouer vraiment au Bridge. Le Bridge est autre chose. Il exige des connaissances techniques relatives dans les domaines essentiels des enchères et du jeu de la carte.

11.qu'il faut savoir compter. Un jeu ne comportant que 52 cartes  pour  un total  de 40 PH, l'exercice n'est guère difficile. Un bon exercice  pour émoustiller les méninges

 

En guise de comparaison, avant  '68 on étudiait encore l'alphabet, la calligraphie et la lecture. Lorsqu'on rentrait en 6ème tout le monde savait lire, écrire et compter. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Nos prophètes ayant mis la charrue avant les bœufs, des élèves de terminale sont incapables d'écrire trois lignes sans faire dix fautes. Au Bridge c'est tout comme. A  peine on leur a enseigné à tenir leurs treize cartes, sans leur faire comprendre comment les utiliser, on lance les débutants dans la compétition sous le prétexte qu'ils y prennent du plaisir alors qu'en réalité c'est une question d'argent. Plus on étoffe les tournois plus il rentre du fric qui rentre dans les caisses des clubs soi-disant bénévoles qui les organisent.

Il s'ensuit que tous ces néophytes, déformés à la base, se considèrent comme des joueurs ayant déjà fait le tour de la question. Il est évident que dans  le rôle du mort ils ne commettent jamais d'erreurs mais quant aux autres ... passons.  A qui la faute ?  Et si personne n'est responsable, comment se fait-il que sur 90.000 licenciés il n'y en a qu'un millier classé en 1ère série ?  Bien que ne constituant pas un critère absolu, cela permet un distinguo entre tous ces experts malheureux présents dans les 2èmes e 3èmes séries, où même en 4ème, dont on pourrait dire qu'au Bridge ils ont atteint le seuil de Peter.

Par conséquent, il ne faut accorder aucun crédit aux propos de ces bonimenteurs. Ils parlent pour ne rien dire et surtout pour s'écouter parler. Ils diront par exemple que telle enchère ne  correspond   pas  aux conditions exigées,  que le manque de levées de défense interdit telle ouverture, que des possibilités de  misfit existent et autres sornettes. Les arguments à leur opposer sont fort nombreux et simples :

-       il y a plus de 600 milliards de combinaison possibles

-       plus il y a d'honneurs dans une main, moins il y en a dans l'autre et vice-versa.

-       tout étant relatif, une main que l'on pense faible peut tout à coup devenir très forte

-       tout autre argument qui vient à l'esprit.

 

Je participais il y a quelque temps à un tournoi de club. J'étais assis en Sud. Comme adversaires nous avions deux gentilles dames.  En Est, une blondinette vaporeuse. Sa main étant la suivante :

            ª A 10 3

            © 10 6 5

            ¨ A R 9 8 7

            § V 7

Elle décida de passer. Passe chez moi. La Dame, elle brune et rondelette, assise en Ouest ouvre de 1 §. Nord, un joueur de 1ère ª, passe. La blondinette vaporeuse après réflexion répond 2 SA et  trois passes suivent . Nos deux dames ont empaillé la manche..

En fin de coup la blondinette vaporeuse me demande gentiment ce que j'aurais fait à sa place.. Tout aussi gentiment je lui réponds que son passe initial ne se justifiait pas à cause des 3 levées et la couleur 5ème mais, sans même pas me laisser le temps de terminer ma phrase, elle rétorqua "Mon cher monsieur, il ne saurait être question pour moi  d'ouvrir une main aussi pourrie".  Je n'ai plus rien dit  mais je n'en pensais pas moins.

Depuis, je réserve mes conseils exclusivement à ceux qui j'estime capables de comprendre et à condition qu'ils insistent dans leur demande.

 

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