PRINCIPE D' ANTICIPATION

 

Il signifie qu'avant de passer à l'action, on doit d'une part  prévoir les possibles réactions du partenaire ou de l'adversaire  et d'autre part être prêt à y faire face de la manière la plus adéquate  Ces prévisions sont tributaires cependant

-de l'aptitude de chacun d'être "présent à la table"

-du rôle tenu ( ouvreur, intervenant, répondant )

-de la nature des questions posées

-de la qualité des réponses reçues

 

Si on est à l'ouverture, on commence par examiner la force de la main.

-  si cette force est comprise entre 6 et 11 PH mal faits, la seule possibilité est une ouverture d'un 2 faible selon les conventions jouées. Autrement on passe sans hésiter pour faire comprendre au partenaire qu'on est à la limite de l'ouverture ou encore pour faire croire à l'adversaire qu'on a un peu de jeu alors que la main est presque blanche. Ce genre de comportement est non seulement incorrect mais également sanctionné sévèrement par le Code.

 -  si cette force est égale ou supérieure à 12 PH on envisage la bonne ouverture en fonction de la forme de la main


en sachant cependant

- que la force minimale requise peut descendre jusqu'à 11/12 PH  avec des mains excentrées ou encore avec des mains du type :

ª A 9 8 3

© A R 8 7 6

¨ 9 8 7

§ 7
 - qu'une main régulière de 14 P.H. dispersés ne fera pas de petits même soumise à insémination artificielle !

-  qu'une main de 14 PH concentrés dans un bicolore mérite une attention particulière et une attribution d'une plus-value de 3/4 PD

-  qu'une chicane, ou singleton, dans la couleur du partenaire ne constitue pas une plus value mais au contraire une moins value

-  que les plus values  ou moins values ne peuvent être supputées à leur juste valeur qu'au fur et à mesure du déroulement des enchères.

 
Après cette première approche l'on doit :

-         -  penser à tout instant à la méthode jouée 

-         - anticiper sur la redemande

-          - ne pas oublier  que le partenaire n'étant pas sourd, il est  dangereux et inutile de vouloir lui vendre une marchandise qu'on lui a déjà vendue

 Avant d'intervenir il est opportun de se souvenir des conventions dont on a convenu et de mesurer les risques encourus. Là aussi c'est question de tempérament. L'essentiel n'est pas de considérer que telle méthode  est supérieure à telle autre mais tout simplement de se mettre en phase avec le partenaire.

 

Si on est en réponse on doit

- anticiper sur une intervention adverse et réfléchir à la meilleure parade

- se souvenir que chaque joueur annonce son propre jeu et laisse au partenaire le soin  d'annoncer le sien

- ne pas oublier la méthode et les conventions dont on a convenu

- ne pas changer de couleur au palier de 2 avec une force inférieure à 10 PH.

- ne pas oublier qu'on peut annoncer, si on joue la convention Walsh, un bicolore 5/4 la couleur de 5 étant mineure et celle de 4 majeure, en commençant par la majeure.

 

Voyons par l'exemple 

 Sud donneur

sud

Ouest

Nord

est

ª

72


 
S     N

ª

RD98

1 ©

-

ª

-

©

AD1054

©

2

1 SA

X

§

-

¨

542

¨

987

-

-

 

 

§

AD10

§

V9876

 

 

 

 


Si Ouest ne contre pas, Nord passe. La situation est assez difficile. Si Nord laisse jouer 1 SA contré, il est plus près du zéro que du top. S'il rectifie à 2  §, le coup s'améliore. Sud doit passer.

L'enchère de 2 § indique :

- l'impossibilité de laisser jouer 1 SA contré

- l'impossibilité de  rectifier à 2 ©

- l'impossibilité de répéter les ª  

- une préférence pour un contrat à la couleur, à 7 atouts le cas échéant.

 Si l'adversaire se mêle du coup on ne parle plus. On le laisse jouer en attendant de passer à la donne suivante. Il va de soi que le petit canapé est incompatible avec le "2 § Roudi" ou  "2 § Soulet".


Exemples de réponses dans le silence adverse:

 1/-

 Sud donneur

sud

ouest

Nord

est

ª

D1032


 
     S    N

ª

A54

1 §

-

SA

-

©

DV8

©

987 

-

-

-

 

¨

A93

¨

D65 

 

 

 

 

§

RD10

§

V984

 

 

 

 

Devant l'impossibilité d'un changement de couleur un sur un (one over one, disent les Anglais et les Français l'ont dit aussi pendant longtemps), Nord répond 1 SA. Pour certains joueurs cette réponse sur 1 § promet de 8 à 10 P.H.  Si on joue cette convention, on répond 1 ¨  sans aucune crainte à avoir. Pour les joueurs expérimentés la réponse de 1 SA est forcing de manche... mais là, on aborde un autre registre.

  

2/-

Sud donneur

sud

Ouest

Nord

est

ª

R1032


 
     S    N

ª

AD75

1¨

-

ª

-

©

DV10

©

987

ª *

-

-

-

¨

R932 

¨

D65

-

-

 

 

§

A7

§

10984

 

 

 

 

 

3/-

Sud donneur

sud

Ouest

Nord

est

ª

R1032


 
     S    N

ª

D54

1 §

-

2 §*

-

©

DV10

©

98

-

-

-

-

¨

R109 

¨

D65

-

-

 

 

§

A103

§

DV984

 

 

 

 

 2 §* = pas de majeure 4ème mais 5 cartes à § au moins.

Après une ouverture en mineure, les réponses à SA ainsi que le soutien dénient la possession d'une majeure 4ème.

 

 4/-

 Sud donneur

sud

ouest

Nord

est

ª

R1032


 
     S     N

ª

D654

1 §

-

1 ª

-

©

DV10

©

98

2 ª

-

-

 

¨

R93

¨

D65

 

 

 

 

§

A103

§

DV64

 

 

 

 

L'ouvreur soutient la couleur du répondant au palier le plus bas. Fit par 4 cartes dans une ouverture faible de 13/15 PDH.

Le répondant est assez grand pour agir en conséquence.

 

5/- 

 Sud donneur

sud

Ouest

Nord

est

ª

ADV982


 
     S    N

ª

10765

1 ª

-

ª *

-

©

92 

©

ADV76

-

-

 

 

¨

D6 

¨

72

 

 

 

 

§

RV9

§

D4

 

 

 

 

ª * = limit bid  fit et de 10/11 PHD.

 

6/-

 Sud donneur

sud

Ouest

Nord

est

ª

ADV982


 
     S    N

ª

R765

ª

-

2 §*

-

©

92

©

AD6

?

 

Et suite

¨

A6

¨

RD2

 

 

 

 

§

RV9 

§

AD2

 

 

 

 

Nord, au vu de sa montagne se rend compte qu'un chelem est en ligne. Mais lequel ? Le petit ou le grand ?

Tout dépend de l'ouverture. N'ayant pas d'autre choix, Il recourt à l'enchère de 2 §.

Une interrogative directe à 4 SA ne lui apporterait pas tous les renseignements dont il a besoin pour envisager le grand chelem. Les enchères pourraient être les suivantes :

 

a/-suite en enchères naturelles

 Sud donneur

sud

Ouest

Nord

est

ª

ADV982


 
     S    N

ª

R765

1ª

-

2 §*

-

©

92

©

AD6

3 ª

 

4 SA

¨

A6

¨

RD2

5 ©

 

7 ª  

 

§

RV9 

§

AD2

 

 

 

 

 

b/-suite en enchères conventionnelles

 Sud donneur

sud

Ouest

Nord

est

ª

ADV982


 
     S    N

ª

R765

1 ª

-

2 SA*

-

©

92

©

AD6

3 §*

 

3 ©

¨

A6

¨

RD2

4 ¨

 

4 SA

 

§

RV9 

§

AD2

5 ©  

 

5 SA

 

 

 

 

 

 

6 ¨    

 

7 ª  

 

2SA * =  15 PH  et + avec fit      3 §* =  force ouverture supérieure à 15 PH
                                   

7/-

 Sud donneur

Nord

Est

Sud

Ouest

ª

ADV982


 
    N     S

ª

10765

ª

-

2 ©

-

©

92

©

ARD876

§ *

-

3 ª*

-

¨

AD

¨

7

§ * = fort 17 PHD  et +

ª* = invitation au chelem

§

RV9

§

54

  

Après l'ouverture de 1ª, Sud réévalue sa main : 9 PH concentrés à ©, un fit par 4 cartes et  un singleton  donnent à sa main l'aspect d'une montagne.

Avant de donner le fit, il doit nommer les © au palier de deux. Il donnera le fit au tour suivant.

Pour annoncer ses 17 PH, l'ouvreur invente l'enchère de 3 § alors qu'il aurait pu redemander 2 SA qui indique la même force (pas pour tous cependant)

Les enchères  forcing de 3 §  et 3 ª indiquent des mains fortes et une velléité de chelem. On atterrit ainsi à 6 ª.

"Statistiquement, dirait un expert, les chances de réussite sont minimes" et il a raison. Elles ne se montent qu'à 25%,  vu la nécessité de réussir deux impasses sur deux.

 

En principe pour demander un petit chelem il faut supputer que ses chances de réussite se montent au moins à 50% alors que pour un grand chelem elles doivent se monter à 57% au minimum.

On en viendrait à dire que pour demander un chelem il faut être sûr de son fait à 100%.  Et bien, de temps à autre, au diable les statistiques !

Les cartes n'étant pas transparentes et aucune méthode ne permettant d'avoir une vue parfaite de la structure d'une main il est parfois nécessaire de s'éloigner du droit chemin et demander certains contrats "au poids". 

 

Garozzo associé à Forquet, à la suite d'une incompréhension  d'une enchère avait demandé un grand chelem.

Le Roi d'atout n'étant pas à l'appel il fallait faire l'impasse. Il était placé.

Un spectateur de service, qui n'avait vraisemblablement jamais entendu le nom de Garozzo, lui dit qu'on ne demandait pas un grand chelem sur une impasse.

Piqué au vif, mais poli, Garozzo rétorqua "moi, je ne suis pas féru en statistiques. Je me contente de demander les chelems qui gagnent et éviter les chelems qui chutent"

 

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