QUELQUES IDEES SUR L' ENTAME

 

En dehors des entames faciles dans des cartes formant séquence, il n'y a pas de recette miracle pour trouver l'entame la plus favorable à son propre camp. Les avis sont divergents d'un joueur à l'autre, soit-il champion ou joueur moyen. Il n'y a pas un seul joueur qui ne va pas de la sienne : il ne faut pas entamer un singleton si on ne détient pas de contrôle à l'atout, il ne faut pas entamer sous un Roi, il ne faut pas entamer de ceci et de cela. Avant de poursuivre et pour nous dérider un peu, voici l'histoire d'un joueur honoré par quatre rois. On lui avait tellement rabâché qu'il ne fallait jamais entamer sous un roi., que jamais il n'aurait osé le faire. Mais voilà, le jour arriva où, associé à son professeur de toujours, celui qui lui jouait de la serinette, se trouva confronté à ce grave problème.
 

Après quelques instants de réflexion, il posa ses cartes sur la table, régla les quelques sous qu'il avait perdu et quitta la partie libre à laquelle il avait été convié par son professeur de toujours, celui qui lui jouait de la serinette. Interloqués par un tel comportement, et sachant qu'il s'agissait d'un homme sain de corps et d'esprit, les autres joueurs se demandèrent  par quelle mouche avait-il été piqué.

Son professeur de toujours, celui qui lui jouait de la serinette, découvrit les 13 cartes laissées face cachée sur la table. Oh, quelle horreur ! le pauvre malheureux avait hérité des quatre Rois. 

La morale est qu'il n'y pas de règles précises conduisant au choix de l'entame qui tue. Dans tous les problèmes d'entame, les auteurs, les spécialistes et autres, ont tendance à pontifier tel joueur qui a réussi telle entame mais négligent les entames catastrophiques que le même joueur a fait. En conclusion, l'entame ne dépend pas de telle ou telle autre règle mais des qualités intrinsèques du joueur dans l'analyse approfondie d'une situation donnée :

 - quid sur l'ouverture ?

- quid sur l'intervention ? 

- quid sur le silence du partenaire ou d'un adversaire ?

- quid sur les rentrées possibles de la main ?

- quid sur les reprises du partenaire ?

 Il n'est pas facile de répondre à toutes ces questions sans s'accorder n'était-ce qu'une petite marge d'erreur.

 

Il faut aussi tenir compte du genre de contrat joué :

-          à Sans atout

-          à la couleur

et du comportement du partenaire

-          a-t-il ouvert en 1ère position, en troisième position ?

-          est-il intervenu ?

-          a-t-il annoncé un bicolore ?

et glaner aussi d'autres  renseignements.

 

 

1/- Entame dans la couleur d'ouverture ou d'intervention du partenaire 

 

A moins d'être chicane ou  de posséder une couleur autonome franche ou affranchissable rapidement, l'entame dans la couleur nommée par le partenaire est une obligation qu'il est opportun de savoir observer. Cum grano salis, toute fois, en tenant compte du type de contrat joué : à Sans Atout ou  à la couleur.

 

a/- contrats à Sans Atout :

 

-          Avec 4 cartes au moins formant une séquence, on entame de la tête de séquence

-          Avec 4 cartes au moins ne formant pas une séquence, on entame en 4ème ou 3ème meilleure, même si elle contient un honneur

-          Avec 3 cartes formant une séquence, on commence aussi par la tête de séquence

-          Avec 3 cartes ne formant pas séquence, on entame de la plus petite si la couleur est commandée par un honneur majeur. A défaut d'honneur, on entame de la plus haute ( ou de celle du milieu ), selon les conventions jouées.

-          Avec 2 cartes on entame toujours la plus haute

-          Avec 1 carte (singleton), l'entame peut ne pas être la plus idéale. Quoiqu'il en soit, singleton ou pas, l'entame  de la seule carte s'impose chaque fois que le partenaire a répété la couleur ou contré le contrat final

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b/- contrats à la couleur :

 

-          Avec 4 cartes au moins formant une séquence, on entame de la tête de séquence

-          Avec 4 cartes au moins ne formant pas séquence,  on entame en 4ème meilleure ou en pair impair selon la convention pratiquée que la couleur comporte ou non un Honneur.

-          Avec l'As 4ème ou plus long, on déroge à la règle et on commence par lui. En ouvrant ou en intervenant, le partenaire n'a jamais promis le Roi.

-          Avec 3 cartes formant séquence, on entame également de la tête de séquence

-          Avec 3 cartes ne formant pas séquence, et si la couleur est commandée par un Honneur majeur  (R65, D83 et autres cas de figure) on entame de 'la plus petite.

-          Avec 3 cartes commandées par AR, on commence par le Roi .Dans les autres cas, l'entame est question de conventions :la plus haute ou celle du milieu.

-          Avec 2 cartes (doubleton), on entame toujours la plus haute.

-          Avec 1 carte (singleton), l'entame est idéale si on a des atouts. On peut alors espérer la réalisation d'une ou plusieurs levées de coupe.

 

Conseils : avant d'entamer, il est conseillé d'examiner les opportunités offertes par sa propre main. Si elle comporte un As sec, ou encore AR secs, dans une couleur autre que celle du  partenaire,  on les dégage en premier.  Avec AR secs, on commence par l'As. Le partenaire saura ainsi que les deux honneurs sont secs. Cette convention dite "de l'As anticipé" est très utile dans les cas où le partenaire ne saurait déceler le singleton ou chicane du partenaire. Par cette convention, le partenaire doit impérativement rejouer dans la couleur de l'As anticipé  (bien entendu s'il prend la main !).

 

Ce n'est qu'après le dégagement de ces honneurs qu'on attaquera  la couleur du partenaire.

 

2/- Entame dans l'obscurité (le partenaire est resté muet comme une carpe)

 

a/- contrats à Sans Atout :

 

-          Avec 4 cartes, ou plus, formant séquence, on commence par la tête de séquence

-          Avec 4 cartes, ou plus, ne formant pas séquence, on entame en 4ème meilleure ou en pair impair.

-          Avec 3  cartes formant séquence, on commence aussi par la tête de séquence.

-          Avec 3 cartes ne formant pas séquence,  il vaut mieux s'abstenir d'y toucher lorsqu'elles comportent un seul honneur : A32, R43, D65 etc.

-          Avec 3 cartes quelconques, on entame de la plus haute (entame d'attente)

-          Avec 2 cartes,  on entame de la plus haute(fausse entame ou entame d'attente)

-          Avec un singleton, on entame ailleurs. Si je me souviens bien, dans ma vie de bridgeur  je ne l'ai pratiquée qu'une ou deux, peut-être trois fois pour autant de catastrophes.

 

Aussi, il ne faut pas oublier notre joueur que quatre Rois avaient assommé.

On peut bien faire une entame d'attente mais pas à tort et à travers. Les bons résultats se feront alors attendre et pour longtemps. Qui ose vaincra, dit le dicton, à condition d'oser quand il le faut ou  quand on ne peut pas faire autrement. Une entame agressive contre un chelem, peut assez souvent se révéler payante. Elle fait chuter des contrats qu'une entame d'attente aurait refilé. il ne faut pas hésiter à y puiser. L'on fera souvent chuter un chelem que toute autre entame aurait refilé. L'entame dans une couleur  telle que "ADV102", "RV1093", "AV1084", ou  encore "R10985" ne doit pas être évitée sous prétexte  qu'elle va refiler le contrat. C'est possible, mais à la longue on sortira gagnant. Si un joueur se refuse catégoriquement d'y toucher, il faut qu'il sache qu'en partie libre y laissera des plumes et qu'en tournoi il sera plus souvent parmi les derniers qu'aux premières loges.

 

b/- contrats à la couleur

 

-          Avec 4 cartes ou plus formant séquence, on commence par la tête de séquence

-          Avec 4 cartes ou plus ne formant pas séquence, on évite d'y toucher si elles comportent des fourchettes telles  que AD82, RV93 etc.

-          Avec 3 cartes formant séquence, on commence aussi par la tête de séquence

-          Avec 3 cartes commandées par un Honneur majeur, tel que  A32,  R43, D65 etc., on évite  d'y toucher.

-         Avec 3 cartes quelconques, on commence par la carte du milieu et on jouera la plus haute au tour suivant (c'est à dire, en montant).       

 

Conseils : une règle ayant toujours son exception, il est opportun de déroger aux principes acquis et  toucher à des couleurs telles que . A1085, R10943, V10765,  et autres diagrammes. En 4ème meilleure ou pair impair, peu importe.

Le seul problème qui persiste est l'entame d'un singleton, les sons de cloche étant différents

Tel un prétend qu'il ne faut jamais y toucher alors que tel autre affirme que les discours à ce sujet ne sont que de la roupie de sansonnet. Ils ont probablement tous deux raison.

 Quand on ne sait pas trop à quel saint se vouer, on se fie à son propre bon sens. Si on commet une faute grossière, on invoquera l'excuse d'une faute de doigt et si le partenaire insiste dans ses reproches on l'invitera à lancer la première pierre. Il ne le fera jamais tout persuadé qu'il soit de sa science infuse. Il sait voir le grain de poussière dans l'œil du partenaire mais pas la poutre qui lui obscurcit la vue. 

 

Se fier à son propre bon sens veut dire qu'il faut savoir examiner la forme et la force d'une main et interpréter les enchères qui ont émaillé la donne. L'entame en sera facilitée certes. Quant à son efficacité, il faudra attendre que le mort se soit étalé  et que le coup se déroule comme espéré.

 

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