LA REGLE DE ONZE

Il n'y a pas si longtemps, un ami me demanda de lui expliquer pourquoi on utilisait ONZE, DIX ou DOUZE et pas QUINZE pour s'aider dans la lecture d'une entame.

J'avais couché mes explications sur papier. Les voici.

Une couleur comporte 13 cartes dont l'As est celle de plus haut rang, et le  2 celle de plus petit. Il n'y a pas de UN dans la suite des cartes alors que la suite numérique servant de base au calcul commence par UN. Un tableau de correspondance donnerait ceci :

 

Cartes

Nombres

en

En partant du haut

La loi résulte  de

-

1

 

 

 

2

2

 

 

 

3

3

3ème meilleure

elle occupe le  3 rang

14 - 2   = 12

4

4

4ème meilleure

elle occupe le 11 rang

14 - 3   = 11

5

5

5ème meilleure

elle occupe le 10 rang

14 - 1   = 10

6

6

 

 

 

7

7

 

 

 

8

8

 

 

 

9

9

 

 

 

10

10

 

 

 

11

11

 

 

 

12

12

 

 

 

13

13

 

 

 

14

14

 

 

 

 

Entamer la "4ème meilleure" revient à dire que l'on commence par la carte qui occupe le 4ème rang en partant du haut.
De ce fait il restera encore dans la main 3 cartes de rang supérieur, ou plus hautes, qui ne constituent en aucun cas  une séquence (à moins que …).

On entend par

- SEQUENCE  une suite ininterrompue d'au moins 3 cartes : RDV   DV10  V10987  ARD   etc.

- SEQUENCE CREUSE : une suite de 3 cartes où la  3ème a été  remplacée par la 4éme :RD106  V1087   ADV86   AV1086  etc.

- TOP OF NOTHING ou  tête de rien, une séquence sans honneur telle que  987, 8765 etc.

 

Pour insister, une entame peut être une tête de séquence ou être une 3ème, 4ème ou 5ème meilleure, en fonction du rang que la carte occupe dans la suite numérique en partant du haut :

- 3ème rang    il en reste donc  2 au-dessus  (14-2) = 12)

- 4ème rang    il en reste donc  3 au-dessus  (14-3) = 11) 

- 5ème rang    il en reste donc  4 au-dessus  (14-4) = 10)

Prenant appui sur ces bases, il devient facile de localiser la place des cartes de rang supérieur à l'entame détenues par les trois autres joueurs. Il suffit de soustraire la valeur de la carte d'entame de 14.  Les  cartes concernées vont du 2 au 7. Elles occupent  le  rang  correspondant à leur valeur.

 

Voyons par des exercices pratiques :

 

1°/- Convention utilisée par l'adversaire : 3ème meilleure

      Entame : un SIX dans sa propre couleur  

      Soustraction : 14 - 6 = 8

      Ce 8 est le total de cartes supérieures au 6.

      Mais il y en 2 qui accompagnent le 6.

      Une deuxième soustraction donc : 8 - 2 = 6

      L'on additionne maintenant la valeur de la carte

      d'entame et la différence de la 2ème soustraction et

      l'on obtient la REGLE DE DOUZE.

      CONCLUSION : si l'entame est une  3ème meilleure, appliquer  la REGLE DE DOUZE.

 

2°/-  Convention utilisée par l'adversaire : 4ème meilleure

      Entame : un SIX dans sa propre couleur  

      Soustraction : 14 - 6 = 8

     Ce 8 est le total de cartes supérieures au 6.

      Mais il y en 3 qui accompagnent le 6.

      Une deuxième soustraction donc : 8 - 3 = 5

      L'on additionne maintenant la valeur de la carte

      d'entame et la différence de la 2ème soustraction et

      l'on obtient la REGLE DE ONZE.

      CONCLUSION : si l'entame est une  4ème meilleure, appliquer la REGLE DE ONZE

 

 3°/- Convention utilisée par l'adversaire : 5ème meilleure

      Entame : un SIX dans sa propre couleur  

      Soustraction : 14 - 6 = 8

      Ce 8 est le total de cartes supérieures au 6.

      Mais il y en 4 qui accompagnent le 6.

      Une deuxième soustraction donc : 8 - 4 = 4

      L'on additionne maintenant la valeur de la carte

      d'entame et la différence de la 2ème soustraction et

      l'on obtient la REGLE DE DIX.

      CONCLUSION : si l'entame est une  5ème meilleure, appliquer la REGLE DE DIX.

 

Un calcul en sens contraire, permet de vérifier  l'exactitude de ces chiffres.

Additionner au chiffre définissant une règle, le nombre de cartes de rang supérieur à l'entame dans la main du joueur qui est à l'entame. On obtient toujours 14.

 

REGLE DE 10 : une 5ème meilleure a sur elle  4 cartes de rang supérieur. Donc 10+4 = 14

REGLE DE 11 : une 4ème meilleure a sur elle  3 cartes de rang supérieur. Donc 11+3 = 14

REGLE DE 12 : une 3ème meilleure  a sur elle 2 cartes de rang supérieur. Donc 12+2 = 14

 

Voyons maintenant le procédé qui permet de localiser la place des cartes détenues par les trois autres joueurs.

A- soustraire la valeur de la carte d'entame du chiffre de la REGLE : 10, 11 ou 12.

B/-compter  les cartes de rang supérieur visibles au mort et y  ajouter celles, toujours de rang supérieur, détenues dans sa propre main.

C/- soustraire ensuite le total obtenu  du résultat  obtenu au paragraphe A.

 

Le RESTE de cette dernière soustraction représente le nombre de cartes de rang supérieur à l'entame détenu par l'une des mains cachées.
 

Exemples d'entames:

Diagramme

en 3ème meilleure

en 4ème meilleure

en 5ème meilleure

D 9 7 6

7

 7

V 8 7 4 2

4

 2

R V 7 6 5

7

6

5

D 8 7 5 4

7

5

4

R V 9 7

9

7

?

 

La déduction à tirer est qu'il  est plus facile de "lire" une entame en 4ème meilleure qu'une entame en 3ème ou 5ème meilleure. Sans oublier cependant  que toute convention  a ses avantages et ses inconvénients. Le choix de telle  ou telle autre est fonction de la faculté de chacun de cerner le problème. En ce qui me concerne, j'ai  depuis fort longtemps  opté pour  la 4ème meilleure et je m'en porte très bien. Pas de maux de tête, pas de vertiges à la recherche de je ne sais quel petit,  ni besoin de quelque calculette. Prenant exemple sur des grands champions tels que REESE, KELSEY, DELMOULY  et bien d'autres, je la pratique aussi bien dans les contrats à SA que dans les contrats à la couleur.


L'entame en 4ème meilleure peut provenir indifféremment de RD32  ou de 8542. Cela ne pose pas de problème en raison du fait que plus il y a d'honneurs dans une main moins il y en dans l'autre et vice versa, plus il y a  des petites cartes  dans une main plus il y aura de grosses cartes dans l'autre. Exclure en tous cas, les entames résultant des  élucubrations de sophistes tourmentés. Un de mes connaissances est un adepte inconditionnel du pair impair intégral et du "petit du 2 au 6" promettant un honneur. Dès qu'il a "R1087" dans une couleur il en choisit probablement une autre !

 

 

ª

 ARV54

 

Ouest attaque le 6 de ª.
Calcul :

a/- 11 - 6 = 5

b/- nombre de cartes du mort supérieures au 6 =  3

c/- nombre de cartes en Sud supérieures au 6 =  2

 ª

 

 

             N
             S

 ª

 

-

 

ª

 983

 

 Lecture du 6 : à moins d'une fausse entame, Ouest a entamé sous D1076. Est ne possède pas de carte supérieure au 6. Laissez venir tranquillement jusqu'au 9.

 

 

 

ª

 AV954

 

Ouest attaque le 6 de ª. Calcul :

a/- 11 - 6 = 5

b/- nombre de cartes du mort supérieures au 6 =  3

c/- nombre de cartes en Sud supérieures au 6 =  1

 ª

 

 

              N
              S

 ª

 

-

 

ª

 832

 

Lecture du 6 : à moins d'une fausse entame,  Est ne possède qu'une seule carte supérieure au 6. Ce 2ème exemple n'a rien de folichon, tout au contraire. Quelle carte faut-il passer du mort ?

Est, je le répète, ne détient qu'une seule carte supérieure au 6 . Mais laquelle :  le 10 ou la Dame sèche ? Quoiqu'il en soit, il n'a pas le 7 car dans ce cas Ouest détiendrait RD106 et seul un farfelu  prendrait le risque d'entamer le 6. Un joueur normal entame du Roi, tête de séquence creuse vu le manque du Valet et la présence du 10.


Sud est à la devine
-        s'il s'agit du 10 il est bon de passer le Valet afin de ne perdre qu'une seule levée.
-       s'il s'agit par contre d'un honneur majeur, fournir le Valet  fait perdre 2 levées.

Etant donné qu'il n'y a pas de recette magique pour la solution du problème, la meilleure option est de manier la couleur de la même manière qu'on aurait fait  soi-même en attaquant la couleur.  C'est à dire : recourir à une impasse préliminaire en laissant filer jusqu'au 8, ou encore prendre de l'As en coup de sonde et impasse ultérieure.

Conclusion : un raisonnement cohérent facilite  la solution d'un problème assez ardu. Les techniques  à envisager en priorité sont le Laisser passer, le Coup è blanc et Perdante sur perdante.

Viennent ensuite, les impasses, leur ORIENTATION pour se protéger d'un retour dangereux  et autres raisons.

Un bon conseil : méfiez-vous  des entames qui vous paraissent favorables. Très souvent elles sont empoisonnées. L'exemple suivant, en est la preuve. Tournoi assez relevé en  indice de valeur

.

 

ª

AV102

 

sud

ouest

nord

est

©

72

1 SA

-

3 SA

-

¨

D7

-

-

-

§

RD1098

 

 

 

 

ª

987


          N
      O      E
          S

ª

R43  

 

 

 

 

©

RV86

©

10954

 

 

 

 

¨

432

¨

V1098

 

 

Ouest entame le 9 de ª.

§

432

§

A5 

 

ª

D65

 

©

AD3

¨

AR65

§

V76

Probablement  attiré par la gourmandise,  Sud laisse filer vers la Dame. Est prend du Roi et contra attaque le 10 de ©.  Après quoi le  contrat de 3 SA a été chuté 19 fois sur 26.

Le déclarant en Sud invoqua comme excuse la formule du tournoi par paires où il faut savoir prendre des risques pour réaliser le maximum de levées. Je suis d'accord, à condition de ne pas mettre le contrat en danger en se lançant dans une course perdue d'avance. Les levées de bonus ne peuvent être envisagées que s'il n'y a pas de danger. En laissant filer vers   la Dame, Sud n'a pas vu le danger du retour Cœur, probablement pour  ne pas avoir  estimé les adversaires à leur juste valeur ou  parce qu'il  ne sait pas compter jusqu' à  9 : 1 levée à ª, 1 à ©,   3 à ¨ et 4 à §  après avoir fait sauter l'As = 9. Il faut donc plonger sur l'As de ª et faire sauter au plus vite l'As de §.

 

retour