PORTRAITS SUR LE VIF

 

On ne peut pas ouvrir un journal ou une revue parlant de bridge, sans tomber sur le panégyrique de tel ou tel autre joueur dont les exploits ont fait ou feront le tour des chaumières. On reste surpris qu'avec autant de champions, notre fédé ne réussit pas à former une équipe capable de tenir la route face aux ténors étrangers. En réalité, il s'agit d'articles où la flagornerie n'a pas de limites. On encense les copains pour en faire des champions en relatant exclusivement leurs bons coups. Quant aux mauvais, ils n'en commettent jamais.


A force de les voir jouer, ou de lire leurs écrits, je me suis rendu à l'évidence qu'entre dire et faire il y a toujours une mer et que l'importance du classement fédéral n'est que relative. Le fait d'avoir un classement flatteur n'implique pas forcement qu'e le joueur soit de très haut niveau. Il peut faire illusion sur le plan interne dans des rencontres peu homogènes et ne pas être à la hauteur dans les rencontres internationales où les participants sont d'un autre gabarit.
 

Mais voila, la rumeur en a fait un champion. Il le croit et voudrait même le faire sentir. Il y a quelques années je participais à un Festival International, quelque part en France. Nous étions, ma femme et moi, assis en N/S. Arrive à notre table un couple de professionnels considéré sur le plan national comme un grand spécialiste des tournois par paires. Nous les saluons sans obtenir de réponse.

J'en ai éprouvé de l'agacement mais je n'ai rien dit. Je les informe que nous pratiquions une méthode conventionnelle, le SA comique et l'ouverture de 2 § multicolore. "Je ne joue pas contre de telles conventions la FFB les interdit. J'appelle l'arbitre".


Je lui ai rétorqué qu'il s'agissait d'un tournoi international réunissant des Américains, des Italiens, des Polonais et j'en passe qui jouaient des conventions autrement plus compliquées que la mienne. Toutefois, pour éviter tout incident, j'abandonnais le 2 T multi pour le 2 T Albarran.
On a joué les deux donnes rapidement. A la première, le couple a récolté un zéro pointé et à la seconde une moyenne moins. Je riais sous cape lorsqu'ils sont repartis la queue entre les jambes.

 

Aimant raviver des souvenirs marrants, j'ai voulu en ajouter quelques uns aux pages de mon site.  Au bout de toutes ces longues années de pratique où, au gré des événements je changeais de partenaire comme l'on change de chemise j'ai pu constater que tous les bridgeurs, à quelque exception près, appartiennent à la même espèce. Qu'ils soient du Sud ou du Nord,  d'Est ou d'Ouest, ils ont comme point commun la volonté de considérer la table de bridge comme le seul endroit où tout un chacun peut donner libre cours à son imagination et subir, ou faire subir, les débordements d'un déchaînement de passions.

Tant qu'elle est contenue  en deçà  des limites de la  bienséance, la véhémence  des propos reste excusable. Mais ne n'est pas toujours le cas.
 

On peut admirer le comportement de quelques vrais, mais rares, champions, et ne pas tolérer les simagrées des professionnels de la grimace qui tels des lémures viennent hanter l'esprit d'autres bridgeurs ni plus ni moins bons qu'eux. Ils ne cèdent à aucune marchande du carreau pour le bagou et la rumeur en a fait des superstars. A tort.

En fait si parmi ces superstars quelques-unes unes finissent par s'améliorer, il n'en reste pas moins que la plus grande partie constitue la masse d'experts malheureux auxquels, un jour ou l'autre on a été ou on sera confronté.

Espèce commune ou espèce rare, ils sont là. En faire un portrait flatteur est aussi difficile que de les prendre au sérieux.  Il faut se contenter de les sentir, de les humer, sans se poser la question de savoir s'ils sont récupérables ou non. A tout un chacun son opinion.

 

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