1er cas :  notre expert appartient à l'espèce commune

 

L'impression qu'il donne en général est d'avoir mûri sous les sunlights des clubs de bridge. Déjà grisonnant, il prétend avoir épuisé le sujet (le Bridge) depuis belle lurette .... paroles, paroles ! Moins rare que la baleine blanche, aussi agressif qu'un rhinocéros, il se prend pour un des  ces grands pontifes que le Bridge engendre. Les avis,  qu'il donne gratuitement d'ailleurs, tiennent du dogme. Il a tout vu, tout fait, tout cassé. Il considère le bridge comme l'énigme d'un Sphinx moderne pour lequel  rien n'est plus important que l'étude du calcul infinitésimal et des statistiques.

 

Exégète infaillible, il décide de la qualité d'une méthode:

- la meilleure à enseigner aux néophytes est le SEF amélioré par l'adjonction de gadgets type "Trèfle Bleu version Clair de lune à Maubeuge".

- la meilleure pour la compétition est  "la Majeure d'abord, version  Quai des Brumes" qu'il a également amélioré un soir de pleine lune d'un été désormais lointain.

Pour ce spécimen  toute main pose des problèmes complexes dont la solution exige l'emploi de  techniques très sophistiquées. Une heure à peine passée en face d'un tel loustic, qui s'avère être assez souvent une vraie  pécore, suffit à faire perdre à tout jamais l'envie de jouer au Bridge. Son comportement est assez curieux. Il varie à tout instant selon qu'il soit déclarant ou défenseur.

 

Dans le rôle de déclarant. S'il réfléchit longuement, de  deux choses l'une

-  ou plusieurs options sont possibles et alors il choisira la seule ligne de jeu perdante

-  ou le contrat ne présente aucune difficulté, et alors il adoptera une attitude pensive et savante.


A la fin du coup, après avoir saboté un contrat des plus simples, il utilise son habituelle logorrhée pour expliquer  qu'il avait  "opté pour une ligne de jeu à 90 %"  et qu'il avait eu la malchance de tomber sur un partage rencontré 10 fois/100 % ! 

Dès la 1ère levée pourtant, le partenaire et les spectateurs avaient pu se rendre compte que de Bridge il ne connaissait pas grande chose. Il venait d'opter pour un double squeeze rendement de main, là où la réussite d'une impasse sur trois aurait suffit..

 

En tant que défenseur, c'est le bouquet. Le partenaire n'existe plus. Tout absorbé par la solution qu'il croit avoir trouvé,  notre expert ne prête aucune attention à ses cartes. Appel ou refus, peu importe. Il tient à sa solution. Persuadé d'être le meilleur, d'être l'unique, considérant son partenaires  comme un  débile mental, il décide à sa place pour anticiper sur les erreurs qu'il est censé commettre. En fin du coup, après avoir refilé un contrat infaisable, il s'en prend au partenaire :

 

- "pourquoi n'as-tu pas fourni telle carte" ..

- "pourquoi n'as-tu pas défaussé telle autre "

- "pourquoi n'as-tu pas fait ceci ou fait cela ".

 

Jusqu'à ce qu'on lui demande de se taire. De toute façon tout le monde sait que ses coups fumants, modifiés à son avantage, feront le tour des chaumières.


retour